24/09/2005
De Norman Bates à Patrick Bateman
Tous les Hitchcock-maniacs dont je me réjouis de faire partie savent que sous sa bonhommie apparente de chauve rondouillard se dissimulait un pervers polymorphe ( ne l'est-on pas tous un peu ?) aux idées particulièrement tordues.
A partir ses années 60 , elles prennent le pouvoir et influencent radicalement ses oeuvres à venir tant sur le fond que sur la forme.
En 64 devant la perplexité des critiques et la désaffection du public face à ses deux derniers opus ( qui me les citera ?), Universal lui propose de revenir à un projet plus mainstream avec le remake de l'Ombre dun Doute. Hitch y décerne une opportunité d'essayer se surpasser Le Voyeur , film de Michael Powell qu'il jalouse en secret.
Le premier scénario de Kaleidoscope son nouveau projet suit une femme -flic aux moeurs légères sur les traces d'un violeur doublé d'un serial-killer. Pour les scènes de meutre - qu'il souhaite très crues et réalistes , il s'inspire des faits divers survenus en Angleterre : nécrophilie, bains d'acide sulfurique et autres réjouissances.
Il avoue même vouloir filmer une scène de crime à l'arme blanche encore plus tétanisante que celle de Psychose , son chef-d'oeuvre. L'idée qui l'excite le plus reste de faire du sérial killer , un homme particulièrement séduisant, incroyablement charismatique.
Et là je me dis " Est ce que par hasard Brett Easton Ellis se serait inspiré du Maitre de suspense , pour créer le personnage inoubliable de Patrick Bateman , son American Psycho ? "
Côté mise en scène , Hitchcock sent que le vent est en train de tourner, que la Nouvelle Vague impose ses techniques avant-gardistes et que sous peine d'être rapidement considéré comme un vieux barbon , il a intérèt a s'y mettre.
Assez dubitatif , mais sentant qu'il y a dans Kaleidoscope, le matériau potentiel pour égaler le succès financier de Psychose, Monsieur Universal met la main au portefeuiile et finance des essais techniques , histoire de voir un peu mieux de quoi il retourne.
La réponse arrive sous forme d'un nouveau scénario dans lequel il est désormais précisé que tout sera filmé du point de vue du tueur, mais surtout qu'il sera gay.
Cette fois c'en est trop pour les pontes du studio qui manquent en avaler leur cigare et refusent illico d'étre associé à un film "aussi déviant" ( il faudra attendre le film de Richard Fleischer sur le Boston Strangler, avec Tony Curtis pour y trouver un équivalent)
De Kaleidoscope , il ne reste qu'une heure de ces rushs , gardés au secret dans les archives d'Universal plus surement que la réserve d'or de Fort Knox. ( mais que fait James Bond ?)
Déçu , mais malin , Hitch ne renoncera pas complètement a son wicked projet, il en recyclera les élements dans Frenzy , qui s'avèrera effectivement être son film le plus malsain, mais aussi le plus hilarant.
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