31/10/2007
" A Ces Cruelles Filles " Murat chante Baudelaire
Grâce soit içi rendu à notre spleenètique et céruléen bougon qui restitue à Baudelaire toute sa perversité et sa mélancolie originelle.
En effet Jean- Louis chante comme il fourre.
Sa voix indolente caresse la croupe des mots comme une main légère et pleine s'insinuerait sous la dentelle, sa bouche suave produit des petits bruits de succion mouillés et donne corps à l'ironie et à la séduction, ces deux formes extrêmes de l'innocence enfantine.
C'est un enfant de mutin qui lutine et butine.
Mais je vous en prie, préfèrez à la version un peu trop "habillée " du CD, celle bien plus offerte et consentante du DVD, ou notre malicieux auvergnat, surpris comme au saut du lit, s'offre " la petite" du grand Léo .
Chaudement recommandé.
07:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature
28/10/2007
Elementaire Mon Cher Kerouack: Moriarty " Gee Whiz This Is A Lonesone Town
Moriarty rime avec Mystery. Genie du mal chez Conan Doyle , hobo magnifique chez Kerouack, mais ou donc se cache t-il ?
Hors du temps et des modes , il se fait reprèsenter par ce sextet au charme rétro et son cabinet de curiositées, cowboys égarés chez Hulot distillant en contrebande une sorte de folk nocturne et nomade, avançant avec précaution sur le fil qui relie le cabaret au klemzer, au risque de se casser la figure ( de style )
Entre rêve et réalité , ce groupe malin comme un songe, sertie par la voix délicieusement acidulée d'une diva de cambrousse s'agite comme le canapé d'un motel perdu sous les assaults d'une catin, comme un autocar chaotique sur une route de campagne.
Leur petite musique de nuit blanche, intemporelle collection de cartes sépias à forte décharge émotionnelle, d'une violente douceur, bercera vos insomnies
16:20 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature
27/10/2007
Vos Dèsirs Font Dèsordre : La Vie Des Autres
Se jouant du caractère fluctuant des lumières et des ombres qui peuplent la psyché humaine, ce portrait d'un solitaire otage de ses frustrations s'articule autour d'une thèmatique aussi perverse que passionnante: Comment la machine humaine soumise aux imperatifs moraux, sociaux ou politiques se dérègle dès lors que le dèsir s'en mèle.
Mais hélas Donnersmarck pêche par orgeuil et fatuité en opposant à la banalité du mal ce que je nommerai "la vanité" de la culture.
Pour ma part je prèfère l'orgasme contrarié de Wiesler dans les bras d'une prostituée hors norme à la passion désincarnée de Georg et Christa Maria, paragons des artistes qui n'existent que dans le regard "désocialisé" des intellectuels, comme je prèfère la cravate de notaire de la pute à celle que Georg essaye vainement d'ajuster , et comme je prèfère aussi le comportement libidineux du Ministre de la Culture à la vertueuse et rédemptrice Sonate Pour Un Homme Bon.
La loi du dèsir se joue de l'art dont elle se soucie comme d'une guigne, elle n'a pour objet que la satisfaction immediate et s'accomplit dans l'èrection et point dans la rédemption.
Ce préambule étant posé, le film reste un très bon thriller,pasionnant de bout en bout, servi par un fascinant Ulrich Muhe .
23:55 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature
I Love You Lula Mae / Diamants Sur Canapé
"C'est l'histoire d'une jeune fille qui vit toute seule et qui est très effrayée " , qui parle de tout et de rien pour éviter le silence et ses envies de mourir au petit matin.
Holly ( les lacaniens se règaleront ) est timbrée, décalée, c'est une petite fille, pas encore vraiment sortie de l'enfance, petite soeur d' Holden Caufield , qui en à vu de toutes les couleurs trop vite et bien trop tôt, et qui n'a plus l'intention de se laisser possèder que si on la paye.
D'une fragilité de brindille, elle alterne en un même battement de cils raffinement et horreur , passant du glamour au sordide avec la plus désespérée des élégances.
Paul , lui est un écrivain un peu veule, un peu entretenu, à qui la beauté un peu molle de Georges Peppard sied à merveille.
En suivant en virtuose, deux êtres gais et fragiles, sans cesse à deux pas du naufrage, qui cherchent à oublier dans le vertige l'ennui de vies ordinaires, Edward signe une splendeur magique à la mélancolie insondable qui se drape dans le burlesque pour mieux cacher ses larmes.
Sur la marelle de la vie, Holly et Paul sont deux petites putes magnifiques à l'âme tendre, qui sautent à cloche -coeurs du trivial au sublime et du glamour au sordide, deux personnages un peu sonnés qui luttent pour se réinventer et oser s'aimer.
Baisser sa garde, s'abandonner sans se perdre, mieux se donner pour n'appartenir qu'à soi même et à la nuit , telle est la leçon de ce bouleversant bijou.
13:25 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature
21/10/2007
Amère Est La Tristesse : Istanbul Souvenirs d'une Ville/ Orhan Pamuk
Evocation d'une ville, roman de formation, saisissant traité sur la mélancolie, Istanbul est tout celà à la fois, oeuvre protéiforme, foisonnante et somptueusement illustrée qui donne à goûter toutes les nuances de l'huzun " point de vue sur la vie " sentiment vague , un peu nauséeux, qui la cèlèbre autant qu'il la nie et que sous-tend une angoisse spirituelle diffuse, " un gel" de l'âme qui prècède l'élévation.
Caché dans le secret de son ombre complice Pamuk déroule le fil de bâve d'un sentiment noir qui nous servira de guide aux côtés de Flaubert, Nerval et Gautier.
Il déambule "mort, cadavre qui respire encore " arpentant sans relâche les couloirs de la mèmoire, expliquant l'immatériel, l'évanescent, avec l'élégance un peu gauche des grands pudiques, tout imprégnés de tristesse et surpris d'eux mêmes, content et souffrant d'être loin du monde et de vivre d'autres vies par l'imaginaire.
Istanbul Souvenirs d'une Ville dèchire le coeur car c'est l'autopsie d'un sentiment fondateur de toute oeuvre : la tristesse qui fait voir le monde comme au travers d'une vitre sale et dont toute l'habileté de l'artiste consiste à rendre les couleurs.
19:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature
20/10/2007
Cherche Asile : Alabama Song de Gilles Leroy
" Divorce de ton rêve . Tout de suite "
Un livre qui commence ( pratiquement ) par cette injonction définitive ne pouvait que me sèduire. De séduction, il sera beaucoup question dans Alabama Song, urticant opuscule, plongée dans les orties, traversée des humeurs ( sueur, sperme , crasse, cyprine ) et des nèvroses qui s'immiscent dans le silence des interstices.
" Toute vie est un processus de démolition " , affirmait Scott dans "La Fêlure ", démolition des corps assoiffés qui s'affrontent, s'entreprennent pour mieux se déprendre, en une lutte , une danse de mort et de luxure , âpre et sauvage.
Ambitieux, excessifs et provoquants , Scott et Zelda, jetés dans le ravin de la passion pour voir qui des deux rebondira le mieux et le plus loin.
Hélas l'amour est pyromane qui consumme la vie exagérée de ces deux flammèches propulsés sans mènagement dans le brasier de la vie mondaine.
De cette course folle à travers la vie, Zelda ne sortira pas indemne.
Malmenée, bafouée, tour à tour éperdue d'amour puis de haine, elle qui possèdait tous les dons ( peintre , écrivain, danseuse,) passe à côté de la reconnaissance, vampirisée par Scott, monstre trop humain, punie d'avoir voulu exister par et pour elle même.
Hymne à Zelda la magnifique, a qui il rend la voix et restitue l'incandescence, Alabama Song distille le poison d'un baiser qui se termine en morsure et dresse le constat impitoyable que tout artiste porte en lui un cannibale qui se nourrit du pillage de ses proies.
12:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature.
16/10/2007
Take A Message To Mary : Mary Gauthier/ Between Daylight And Dark
Sur la pochette de son dernier album Mary Gauthier ressemble un peu à Christine Boutin. Une Christine Boutin qui chanterait comme j' imagine qu'Henry Fonda devait chanter.
Elle a attendu patiemment 35 ans avant d'écrire sa première chanson et y a gagné une maturité et une simplicité sans affect inutile où chaque mot soigneusement pesé au trèbuchet d'une vie douloureuse, est mis au service d'une plume nerveuse, qui brise votre coeur et sauve votre âme pour peu qu'elle le mèrite, car ces couplets peuvent vous couper la gorge tout autant que panser vos blessures les plus intimes.
L'album fonctionne comme un recueuil de nouvelles ( on pense à Raymond Carver ) dont toutes les histoires ont en commun une vérité émotionnelle profonde, centrée sur la notion d'attachement et les dommages qu'il provoque.
Mary Gauthier s'identifie à ces personnages cassés de l'intérieur mais restaurés à force de volonté farouche, d'énergie passée à transcender les petites coupures de la vie quotidienne. Elle sait d'expèrience que l'amour n'est jamais gratuit mais que le jeu en vaut la chandelle et que même si nous risquons de nous perdre en route, au moins nous perdrons nous ensemble.
A l'heure ou il est de bon ton de s'extasier sur le dernier caca nerveux de Thom Yorke(Radiohead est devenu le Gap des bobos ) serez vous donc assez témèraire pour oser Mary et mériter son amour, celui d'une iconoclaste spirituelle dont l'obligation est d'insuffler dans chaque mot, chaque syllabe portée par sa voix cloutée de gravier et d'impureté, la perfection, celle de la juste distance qui sépare la proximité forcée de l'intimité offerte ?
Son disque se moque des tendances et des supercheries, loin des I Pod et d'Internet, il se tient droit mais tremblant de peur dans la lumière poussièreuse d'un soleil oblique et nous troue le coeur. Il est la caresse et le crachat, la béance et les bras qui retiennent, l'infinie consolation et l'errance revendiquée , il est tout simplement INDISPENSABLE
Ps) la photo choisie ne correspond pas à l'album chroniqué mais vous pouvez aussi acheter celui çi
21:45 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature
08/10/2007
La Non Demande En Mariage : Control d' Anton Corbijn
Disons le tout net. Ceux qui se prècipiteraient sur " Control" croyant se régaler d'une énième rockbiopic narrant les frasques de Ian Curtis, rocker en chanvre, en seront pour leur frais comme le fûrent en leur temps les s (p) ectateurs de Cobain qui crûrent leur dernier jour (sic ) arrivé à la sortie de "Last Days "
Film intense, profond, intelligent et souvent drole, "Control" est une sobre contemplation, le portrait d'un jeune homme un peu trop sensible , un peu trop gauche, avec des velléités de poête, qui se trouve écartelé entre l'idéal magnifié de lui même qu'il projette d'être et les vissicitudes d'une vie réduite aux acquets.
En 73, Ian Curtis, n'est qu'un pâle adolescent qui prend des pauses à la Iggy devant sa glace, voue un culte à Burroughs et Ballard et tombe sa future femme en citant Wordsworth.
C'est un jeune chien fou, laché sans mode d'emploi, "a skin too few" qui se voit rattrapé par le fracas du quotidien contre lequel il s'écrase et convulse.
En une scène déchirante tout est dit : Curtis rentre de tournée, sa femme qui l'acceuille lui est devenue une inconnue, l'immense amour qu'elle lui porte ne peut plus suffire. Corbijn ne juge pas, ne condamne pas , chacun à ses raisons, c'est la vie qui tranchera.
Ce qui se joue soudain dans cette scène c'est la terrible violence faite aux innocents, aux coeurs purs,aux gens de peu,aux dupes, celle de cette SALOPERIE d'institution du mariage et de l'inévitable distance qu'elle engendre : la distance qui sèpare celui qui rêve et en meurt, de celle qui à le courage de vivre,malgré tout et d 'assumer sa destinée, celle qui sèpare les " plaisirs inconnus" d'un berceau dans le hall, Macclesfield de Nerverland et l'éternité révée du quotidien bravé, coûte que coûte.
Ou est le courage, où est la lacheté . Le film ,est ce ne pas là son moindre mèrite, pose cette question cruciale avec une rare délicatesse , en celà Control est sans aucun doute le meilleur témoignage qui soit sur le " combat rock " et ses dommages collatéraux.
Pour Tim " May You Never " Fromont
20:45 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature
06/10/2007
" Its all done with smoke and mirrors " Devendra Banhart : Smokey Rolls Down ...
Petit prince déc (h) u de l'Olympe néofolk où il siègeait sans partage, notre roucoulant rouge-gorge barbu, auto proclamé roi-elfe de la nation acid-rock se rèveille soudain simple mortel et se confronte au monde réel après sa rupture d'avec Bianca Casady.
" L'infini ne dure jamais " se lamente t-il sur la magnifique et poignante ballade " I remember "
Ce jeune homme au coeur brisé, sans frontière et sans âge, luxuriant et charmeur, parfois d'un intimisme maniéré jusqu' à l'outrance ( et alors ?) mais totalement dénué d'arrogance nous invite à la plus profonde des mélancolies.
Convié à un long voyage musical, de la samba de l' Amérique Latine de son enfance au doo wop noir américain, en passant des Saintes Marie De La Mer jusqu'à Topanga Canyon, ce pèriple risqué ( où Caetano Veloso jamme avec Crazy Horse ) et où le meilleur cotoie parfois le pire est avant tout une invitation génèreuse et languide à farfouiller dans son bazar mondialisé jusqu'au pastiche, invitation aussi cavalière qu'affectueuse.
Sur le chemin de la rupture Devendra a grandi, mais rassurez vous, juste un peu .
12:25 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature



