19/11/2007
Les Promesses De L'Ombre/ Stay In The Shade
Au delà d'un pur film de gangsters dégraissé de toute pitié et comme zébré d'incandescences stylistiques inouies ( dont une bagarre de haute volée (! ), Cronenberg, fine mouche, construit un second film à l'intèrieur du premier ( sur le principe des poupées russes) où plutôt utilise la chair du premier pour mieux autopsier le cadavre de notre monde pourissant.
Marchandisation des biens et des corps, ultralibèralisme globalisé et triomphant, zone de non-droits, économie parallèle; fragments de familles détruites ou non advenues et raccommodées à vif, échos de la Bible ( j'ai souvent pensé à la chanson de Dylan , Highway 61) sont autant d'arachnéens fils d'Ariane qui (dé) composent cette toile.
Sombre histoire de passation et de transmission entre verbe et chair, traversé par des forces sauvages de transmutation, d'inversion, voire de sabotage volontaire des stéréotypes universels, ce film mutantateur fascine et répulse presque de bout en bout, hormis une fin un peu expédiée.
Mais la force implacable de ce film morveux et rêche c'est qu'il rompt complètement avec le consensus en vigueur et stigmatise la famille comme vecteur absolu du Mal, montre qu'il peut y avoir de la noblesse dans l'abjection et du plaisir dans l'effroi, souligne que le corps est à la fois un organisme et une machine qui se modifie en fonction des désirs et des ambitions qui l'animent.
Tout les pervers polymorphes, les nostalgiques de la boue, se vautreront avec délices dans cette soue délicieuse.
19:55 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature




Commentaires
"la famille comme vecteur absolu du Mal".
J'ai pour ma part écrit : "Un film à l'univers feutré dans lequel l'homme se construit une famille en fonction de ses propres désirs refoulés"
Et avant :
"Cronenberg dépeint avec génie un univers malsain dans lequel des brigands créent une loi en dehors de Loi ; dans lequel des voyous infiniment subversifs restent des hommes avec leurs propres valeurs indépassables de courage et d'honneur. Ces anti-héros sombres restent des animaux sociaux qui respectent les interdits de leur clan (voir la scène de Cassel avec la petite fille). C'est une proposition de Cronenberg : l'homme est parfois pervers (dans le sens où il renverse les codes de la cité), mais il n'en reste pas moins un être humain."
Je crois que nos positions se rejoignent.
Tout est dit dans ton billet, avec lucidité et percussion. Comme d'habitude. Merci
Ecrit par : Itinéraires | 19/11/2007
J'ai moi même écrit :
"Cronenberg dépeint avec génie un univers malsain dans lequel des brigands créent une loi en dehors de Loi ; dans lequel des voyous infiniment subversifs restent des hommes avec leurs propres valeurs indépassables de courage et d'honneur. Ces anti-héros sombres restent des animaux sociaux qui respectent les interdits de leur clan (voir la scène de Cassel avec la petite fille). C'est une proposition de Cronenberg : l'homme est parfois pervers (dans le sens où il renverse les codes de la cité), mais il n'en reste pas moins un être humain."
Et plus loin :
"Un film à l'univers feutré dans lequel l'homme se construit une famille en fonction de ses propres désirs refoulés (voir la scène chevaleresque de l'intronisation du chauffeur). Terrifiant."
Je te rejoins donc complètement quand tu dis : "la famille comme vecteur absolu du Mal'
Ton billet est parfait. Noir mais réaliste et tranchant. Comme d'habitude. Merci.
Ecrit par : Itinéraires | 19/11/2007
Cher Itinéraires.
C'est moi qui vous remercie car c'est une véritable plaisir non seulement d'être lu mais de tracer des lignes ( de fuite ) d'envisager des perspectives, d'échafauder des théories, pour mieux les confronter. j'aime beaucoup l'adjectif " tranchant" ou le terme de "percussion". Je crois en effet que j'ècris surtout pour trancher dans le ventre mou de la Vie, ne m'intéressent plus que les collisions, les accidents provoqués, le plaisir d'en découdre ( comme on découd une jolie robe pour mieux déshabiller la victime ).
Bien à vous.
Ecrit par : Alain | 20/11/2007
De passage sur ton blog
pour te laisser un petit mot doux
et te dire que tu es le plus tendre,
le plus sensible des compagnons,
que je pense à toi
et combien Je t'Aime ...
Ecrit par : Marie, ton Amour | 20/11/2007
Arrête Marie tu vas faire des envieuses ( sourires ) !!!!
Ecrit par : Alain | 20/11/2007
Ou des envieux :))
Ecrit par : Itinéraires | 20/11/2007
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