26/01/2008

Je Suis Le Roi Des Fourmis / Bug de William Friedkin

2619362fb3a3b1d5d95631e8fda320d7.jpgFièvreuse et convulsive, cette confrontation de deux abandons et de deux traumatismes ( perte d'un enfant, séquelles de guerre ) cette fusion déraisonnable que peut être l'amour lorsque chacun reconnait d'abord en l'autre son propre parasite, c'est à dire le reflet de sa misère morale et de sa vulnérabilité est AVANT TOUT une proposition d'un pessimisme radical sur le couple vécu comme siège de tout les dérèglements, de toutes les contagions. On n'est pas très loin de Regis Jaufret qui affirme que chaque famille est un asile de fous.

Sec et violent comme un direct au foie, ce spectacle hystèrique de deux paranoias hébétés qui se contaminent en s'inventant une passion, s'éreintant comme des hamsters en cage dans la dilution des jours et des nuits jusqu'à l'incandescence est aussi et surtout un terrifiant précipité sur l'aliénation, qui confirme comme le disait Rilke  qu'un couple c'est trop souvent "la somme de deux solitudes."

Bref, Bug est un grand film malade qui comme un parasite s'infiltre dans une lézarde de votre imaginaire pour mieux y pondre ses oeufs et vous innoculer la désillusion, ce qui, soit dit en passant , devrait être la mission première de tout artiste.

A l'heure où le politique èrige le couple en modèle de rêve ( Carla/Sarko ) Friedkin dynamite ce chromo dégoulinant avec une ironie glacée( mieux vaut encore un paranoiaque givré qu'un ex mari cogneur , puisque tout vaut mieux que la solitude ) qui rèveille les consciences léthargiques, appelle à une vigilance et à une èthique morale , en redéfinissant avec une hargne courageuse la frontière ténue qui sépare la "déraison" amoureuse de l'aliénation consentie.

Voilà pourquoi Bug est un GRAND film.

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