Autre traduction magistrale de Francois Bon, peut être l'un des plus beaux textes de Dylan.......
des ombres sur l’argent mon couvert d’argent
la lame forgée main, mon ballon de gosse
et l’éclipse sur le soleil et la lune
pour comprendre mais trop tôt
essayer à quoi bon si toi tu le sais
ECLIPSE
ça va maman ça va c’est juste
juste que je suis blessé
blessé ça saigne un peu tu vois
menaces en pleine poitrine, et le mépris pour bluff
tes remarques suicides ils s’en torchent
comme l’idiot sa bouche en or
les cuivres et fanfares des mots pour rien
pour juste prévenir avertir
que celui qui n’est plus occupé à naître
déjà s’occupe de mourir
MOURIR
tentations partout de l’autre côté de ma porte
tu acceptes, te voilà poussé dans leurs guerres
regarde comme gronde à torrents la pitié
même gémir, gémir n’est plus rien maintenant
tu t’aperçois
tu n’est plus que cela
juste un de plus, un de plus à pleurer
PLEURER
alors pas peur si tu entends pas peur
ma voix à ton oreille étrangère
ça va maman, ça va bien
je soupire, juste je soupire un peu tu vois
quand on vous dit ici victoire, ici défaite
les raisons perso les grandes les petites
on les voit dans les yeux de ceux qui voudraient
qu’on fasse ramper ceux qu’on devrait tuer
mais ceux, ceux qui vous disent qu’on ne doit rien haïr
que la haine
LA HAINE
les mots de la désillusion aboient comme des balles
les dieux que se donnent les hommes tirent à cible
ils ont tout essayé, des fusils d’enfants qui font le bruit des vrais
et les sainte vierge fluo qui clignotent dans la nuit
y a vraiment pas besoin d’aller regarder loin
pour savoir qu’il n’y a plus rien
de sacré
VRAIMENT SACRÉ
ce sont les prêcheurs des destins restreints
ce sont les professeurs de la connaissance seulement demain
rien n’apprendre que ce qui pèse en bonnes plaques fric
s’il y a eu la bonté elle est encagée
mais ils devraient le savoir les présidents les puissants
que même eux parfois
parfois sont à poil
A POIL
entre nous c’est comme le code de la route ça devrait être écrit
c’est juste un jeu, et ceux que plutôt on devrait fuir
ça va, maman, ça va bien : j’y arriverai
leur pub à te rendre con ils te trompent
ils voudraient que tu crois que c’est toi le roi
qui fera ce qui jamais ne fut fait
qui gagnera ce qui jamais ne fut gagné
pendant ce temps-là tout continue comme avant
regarde autour de toi
REGARDE
tu te perds, tu te retrouves
avant de le savoir que rien pour avoir peur
t’es là tout seul, plus personne qui vient près
alors tu l’entends, la voix un peu loin, la voix pas claire
quelque chose grince dans tes oreilles assourdies
quelqu’un là-bas croit
qu’enfin il te trouve
TE TROUVE
ça s’allume dans tes nerfs c’est une question
pourtant tu sais bien : pas de réponse jamais pas de satisfaction
rien qui assure qu’on ne laissera pas tout tomber
que tu te souviendras, que tu n’oublieras pas
que ce n’est pas à elle ni à eux ni à rien
que tu appartiens
APPARTIENS
et que les puissants fassent leurs lois
pour les sages comme pour les fous
y a pas de quoi, maman, avoir le cœur à la fête
pour ceux qui croient encore devoir obéir
à une autorité pour laquelle il n’y a plus respect
qu’ils méprisent leur boulot, méprisent leur destinée
c’est facile d’être jaloux de ceux qui plus loin sont libres
parce qu’ils font pousser des fleurs histoire
histoire de croire
qu’on est ici quelque chose
QUELQUE CHOSE
et vous avec les principes de votre bulletin de baptême
avec vos distributions des prix vos estrades
vos assoces vos réunions rien que des masques
et dès qu’ils sortent ils se moquent dans leur dos
rien qui en sort, juste la dernière idole
et que votre bon dieu la bénisse
LA BENISSE
alors oui celui qui chante sa langue elle en brûle
à gargouiller dans leurs chorales de rats
aux coups tordus aux corps informes des tordeurs du monde
moi je m’en fous de grimper tout ça d’un cran
je préférerais bien le droit de rester dans mon trou
là d’où je viens
MON TROU
je ne leur souhaite pourtant pas de mal ni reproche
à ceux qui se sont bâti leurs beaux caveaux
ça va, maman, ça ira même si je ne leur plais pas
les concierges les vieilles regardent les jeunes couples
sexe en berne sexe limite elles oseraient
te balancer leur morale de merde, l’insulte et comme elles biglent
l’argent ne parle pas, mais veut qu’on se prosterne
c’est obscène, mais tout le monde s’en fout
propagande, c’est bidon
BIDON
et ceux qui défendent ce qu’ils ne peuvent même pas voir
avec un orgueil de tueur parlent d’insécurité
ça me fiche en l’air, froid dans le dos
tous ceux qui croient qu’être honnête à mort
les protègera de la mort de travers
la vie quelquefois
la vie c’est bien solitaire
SOLITAIRE
moi dans mes yeux je les vois les cimetières bourrés
de dieux faux je la racle
cette mesquinerie qui joue au dur
ils m’ont mis des menottes je fais marche arrière
ils fichent un coup dans les jambes me fichent par terre
bon ça va, ça suffit je leur dis
qu’est-ce que vous avez d’autre à m’offrir
M’OFFRIR
et si mes vrais rêves se voyaient
dans le couloir de la mort ils me mettraient
mon cou sous la lame, maman, c’est ça vivre
rien que vivre un peu tu vois




Chef -d'oeuvre du cinéma de genre , dont il respecte à la lettre les codes et la mythologie qui les sous tend dans une mise en scène immersive qui ne lachera jamais le spectateur en route, No Country For Old Men est d'abord un pur "actioner ", ténébreux et codé, dont il conviendra de déchiffrer les signes ou leur disparition. ( des traces laissées par les bottes de la victime convulsée de Chigurh à l'architecture cheap des motels )
Fièvreuse et convulsive, cette confrontation de deux abandons et de deux traumatismes ( perte d'un enfant, séquelles de guerre ) cette fusion déraisonnable que peut être l'amour lorsque chacun reconnait d'abord en l'autre son propre parasite, c'est à dire le reflet de sa misère morale et de sa vulnérabilité est AVANT TOUT une proposition d'un pessimisme radical sur le couple vécu comme siège de tout les dérèglements, de toutes les contagions. On n'est pas très loin de Regis Jaufret qui affirme que chaque famille est un asile de fous.
Enfant imaginaire de Charles Bukowski et de Jane Birkin, Cat Power oscille sans volonté manifeste entre putasserie et innocence, rouerie et ingénuité, sens mélés, indissociable contradiction permanente d'une exhibitionniste qui crève de trouille, d'un myositis qui se rèverait immortelle.
Descendre

pluie ( comme tant d'autres ) les échos de l'enfance.
Ne plus se contenter de chercher la vérité du moment ( ce qui, en soi, n'était pas déjà si mal ) mais la traverser et la brûler, pour qu'elle révèle une vibration, une incandescence qui échappe à l'oeil commun, sinon dans son ressenti, du moins dans sa restitution.