29/01/2008
Old Man / No Country For Old Men : The Cohen Brothers
Chef -d'oeuvre du cinéma de genre , dont il respecte à la lettre les codes et la mythologie qui les sous tend dans une mise en scène immersive qui ne lachera jamais le spectateur en route, No Country For Old Men est d'abord un pur "actioner ", ténébreux et codé, dont il conviendra de déchiffrer les signes ou leur disparition. ( des traces laissées par les bottes de la victime convulsée de Chigurh à l'architecture cheap des motels )
C'est aussi un fil somme, qui clot la "trilogie of doom" des deux frangins en embrassant avec la langue tous leurs thèmes de prèdilection et s'en amusant avec un plaisir de sale môme , une variation sur le même( Ford en ) thème ( le désert renvoie à la neige de Fargo), comme un Neil Young frondeur ( Blood Simple, Fargo, No Country versus On The Beach, Time Fades Away et Tonight's The Night )
Nihiliste, crépusculaire, mais aussi truculent et élégiaque, cet opus de haute volée dont l'humour " flat " confine à l'absurde Beckettien matiné d'un soupcon de Tex Avery ( Bardem est un espèce de Droopy échappé de la pochette de Rubber Soul) ausculte avec malice et gravité les archètypes du western pour mieux les subvertir.
No Country For Old Men est donc un peu le faux jumeau de Blood Simple, même ruralité, même violence systèmique, même fuite en avant vers une liberté impossible, même espoir avorté, même résignation tragique.
Chigurh est une incarnation de la genèse du mal contemporain, un Moloch qui a tout sacrifié au culte de l'argent, cette plaie qui gangrène et marque la fin d'un monde désormais voué au seul profit , fût -il au prix d'une violence apocalyptique, et dont la seule issue ne semblerait plus étre que le refuge dans le giron paternel des Grands Anciens.
Encore faut il le pouvoir......
J'opterai pour ma part pour une position plus téméraire: l'écoute à fond de Tonight's The Night du Loner tant cette B.O pourrait parfaitement coller au film où je me prends à rêver qu'en poussant la porte d'un bouge du Nouveau Mexique Chigurh tombe sur le Crazy Horse au grand complet pulvérisant " Tired Eyes " avant de finir victime du Matador.
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26/01/2008
Je Suis Le Roi Des Fourmis / Bug de William Friedkin
Fièvreuse et convulsive, cette confrontation de deux abandons et de deux traumatismes ( perte d'un enfant, séquelles de guerre ) cette fusion déraisonnable que peut être l'amour lorsque chacun reconnait d'abord en l'autre son propre parasite, c'est à dire le reflet de sa misère morale et de sa vulnérabilité est AVANT TOUT une proposition d'un pessimisme radical sur le couple vécu comme siège de tout les dérèglements, de toutes les contagions. On n'est pas très loin de Regis Jaufret qui affirme que chaque famille est un asile de fous.
Sec et violent comme un direct au foie, ce spectacle hystèrique de deux paranoias hébétés qui se contaminent en s'inventant une passion, s'éreintant comme des hamsters en cage dans la dilution des jours et des nuits jusqu'à l'incandescence est aussi et surtout un terrifiant précipité sur l'aliénation, qui confirme comme le disait Rilke qu'un couple c'est trop souvent "la somme de deux solitudes."
Bref, Bug est un grand film malade qui comme un parasite s'infiltre dans une lézarde de votre imaginaire pour mieux y pondre ses oeufs et vous innoculer la désillusion, ce qui, soit dit en passant , devrait être la mission première de tout artiste.
A l'heure où le politique èrige le couple en modèle de rêve ( Carla/Sarko ) Friedkin dynamite ce chromo dégoulinant avec une ironie glacée( mieux vaut encore un paranoiaque givré qu'un ex mari cogneur , puisque tout vaut mieux que la solitude ) qui rèveille les consciences léthargiques, appelle à une vigilance et à une èthique morale , en redéfinissant avec une hargne courageuse la frontière ténue qui sépare la "déraison" amoureuse de l'aliénation consentie.
Voilà pourquoi Bug est un GRAND film.
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25/01/2008
Rémission Impossible . Juke- Box / Cat Power
Enfant imaginaire de Charles Bukowski et de Jane Birkin, Cat Power oscille sans volonté manifeste entre putasserie et innocence, rouerie et ingénuité, sens mélés, indissociable contradiction permanente d'une exhibitionniste qui crève de trouille, d'un myositis qui se rèverait immortelle.
Sur ce Juke -Box , elle chante mi réveillée, mi désincarnée, comme si elle se frayait un chemin à travers les paroles, flottant sur une rivière de sensualité ( qui s'échoue parfois sur les rècifs du pathos ), nous envoyant des cartes postales sonores d'outre espace dont les destinataires seraient partis à la cloche de bois.
Chan ne "couvre" pas ses reprises, elle les découvre, les déshabille suavement et les transforme en jolies berceuses sexuées, encore faut-il vouloir s'endormir ....
Ainsi mises à nues, certaines rèvèlent des corps superbes( une reprise de I Believe In You qui devrait arracher un grognement a Bobby D ) , d'autres leurs imperfections ( PERSONNE ne peut égaler Janis Joplin ).
Peu m'importe les fréquentations de Mlle Chan ou sa supposée baisse de règime, je me fous qu'elle soit passée de divine à diva, sur cet album elle se fait plaisir et ce faisant touche autant qu'elle embarrasse.
Alors renvoyons vite les ayatollahs de la critique à leurs vieilles lunes, eux qui ne concoivent PAS UN INSTANT, que la souffrance, le frisson, la solitude aient AUSSI parfois besoin de repos et de consolation, qui pensent envoyer les artistes au tapin avec obligation de faire jouir à chaque passe.
Juke Box swingue et swampe, tantôt gracile, tantôt lourdingue, il éreinte, fatigue un peu, mais au final enlace plus qu'il ne lasse.
Ses imperfections ( la forme l'emporte souvent sur le fond ) son anesthésie opiacée seyent ce jour à mon humeur chagrine d'enfant boudeur et contrarié.
Pour le reste, on verra plus tard.
12:10 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, musique, littèrature



